ENCORE DU SPECTACLE? VRAIMENT? POURQUOI?
À l'apogée de la société du spectacle, le fait de proposer des représentations nous semble parfois tout simplement superflu. Le constat est toujours le même : Si le spectacle est partout, nous sommes tous et toutes constamment invité.e.s (de moins en moins subliminalement) à être avant tout et surtout spectateur.ice.s. D'où la question des voies que le théâtre peut emprunter pour rester pertinent. Le défi du théâtre pour nous est donc toujours le même : perturber le rapport au spectacle de manière à rendre à nouveau imaginable la possibilité d'une autre manière d'être au monde, d'une autre perception, en dehors ou au-delà de la représentation, et du regard jugeant que le monde nous invite à performer.
TROUBLE SITUATIONNISTE PLUTÔT QUE FÉTICHE SPECTACULAIRE
Nous reconnaissons la nécessité de développer en permanence, dans chaque processus de conception et de réalisation d’un objet scénique, des moyens et des méthodes capables de déconstruire, de saboter, de détourner, de faire tourner en rond et de désactiver le "dispositif théâtre" afin de renouveler les règles préconçues du contrat spectaculaire au profit d'une situation plus trouble et instable.
VERTIGE DRAMATURGIQUE
Les concepts scéniques du KKuK sont toujours conçus comme des dispositif de constante focalisation et défocalisation de la situation théâtrale. Les éléments constitutifs de la représentation (personnages, scénographie, parole, son, lumières etc.) tantôt confirment, tantôt frustrent, tantôt provoquent, tantôt déçoivent tantôt dépassent les attentes implicites ou explicites des spectateur.ice.s. L’instabilité du “juste” positionnement par rapport à la proposition invite, voir force l’audience à s’activer pour maintenir une constante “mise au point” de leur regard. Loin de n’être qu’un exercice de manipulation perceptuelle et affective, une telle technologie dramaturgique vise à provoquer un vertige par rapport à l’expérience, une désorientation cognitive qui empêche les spectateur.ice.s de prendre la proposition comme simple matière à appréciation et qui les force à trouver d’autres ressources, d’autre attitudes et d’autres codes pour donner du sens à leur expérience.
SURVIVRE AU PLATEAU
Dans les concepts du KKuK, les acteur.ice.s sont invité.e.s à se perdre dans le dispositifs, à admettre son inappropriabilité et à s’abandonner au jeu de façon à ne pas se soucier du contrôle et de la maîtrise de ce qu’ils et elles donnent à voir. Dans ce sens, s’il est vrais que les dispositif du KKuK protègent les comédien.ne.s du jugement des spectateurs, celles-ci savent aussi qu’ils et elles sont appelé.e.s à vivre (ou survivre) la scène différemment que lors d’une représentation.
RENÉGOCIER LE CONTRAT SPECTACULAIRE
Les concepts scéniques que développe le KKuK visent systématiquement à perturber le contrat implicite qui régit la relation entre le public et l'événement scénique. En redistribuant les rôles dans le contrat spectaculaire les dispositifs du KKuK s’efforcent de déconstruire l’asymétrie propre aux rapport entre producteur.ice.s et consommateur.ice.s, créateur.ice.s et et récepteur.ice.s, artistes et public en augmentant le degrés d’interdépendance entre ces deux instances par rapport à la tâche de “venir à bout” de la représentation.
POÉSIE ET ACCIDENT
Last but not least, dans les dispositif KKuK la parole domine, elle circule, elle est échangée elle est imparfaite. La poésie est un accident, pas un enjeu. La beauté est au mieux un accident, jamais un enjeu. La profondeur se cache en pleine lumière mais elle ne se laisse jamais déclamer, elle surprend les comédien.ne.s et étourdit le public mais que par moment. La lucidité se noie dans la galère de la survie sur scène. Les belles paroles, les beaux gestes, la musicalité, la composition laissent la place aux lapsus, aux balbutiement du réel, aux coups de génie de la détente et aux fou-rires propres à la gêne et la honte partagées.
On rigole beaucoup, on pense beaucoup, on se demande sans cesse c’est quoi ça? On se dit que c’est de la merde puis on pense que c’est génial et puis, au bout d’un moment, on arrête de juger et on commence à penser que ça pourrait aussi ne jamais finir … puisque ça ressemble étrangement à la vie tout ça.